1200 livres avec vous cet été

Uris Library Stacks (CC-By elfon)Cette mystérieuse phrase est extraite d’une publicité que j’ai lue sur Fnac.com (tiens d’ailleurs, mon AdBlock est défaillant sur ce point). Je vous cite l’intégralité de la pub (je ne copie pas l’image, vous connaissez mon profond respect pour les contenus copyrightés) :

Kobo By Fnac :
Liseuse numérique tactile et légère.
1200 livres avec vous cet été !
99,999999999999999 € (au lieu de 129,9999999999999 €)

J’exagère juste sur le nombre de décimales (mais ils me font toujours rire avec leurs conneries de prix psychologiques). Le « by » me fait bien rire aussi, surtout venant d’une société français (mais « par » ou « de », c’est so outdated quoi). Mais bon. Si j’devais faire un article sur les anglicismes à la con, on y serait encore demain (et je suis sûr que d’autres l’ont déjà fait avec brio).

Revenons-donc à mon titre : 1200 livres. Rien que ça. Passons sur le pognon à dépenser pour acheter 1200 livres électroniques (pardon, pour acheter 1200 licences exclusives de lecture selon les conditions écrites en petit en bas). Il y a des livres gratuits, après tout.

Mais 1200 ? Non, sérieusement. Vous avez besoin d’avoir 1200 livres ? Dans votre bibliothèque, d’accord, mais « cet été » ?

J’ai toujours trouvé ça fascinant. Une société où on lit de moins en moins, où la popularité de la littérature se casse tellement la gueule que la crise du disque, à côté, c’est une blague… Et en même temps, on voudrait nous faire croire qu’il est indispensable de se trimbaler une bibliothèque virtuelle avec soi ?

Wouhou, j’ai pas lu un bouquin depuis la sixième mais j’en ai 200 sur mon Kindle ! Yoopy ya !

C’est ça l’idée ? En même temps, s’il suffit de sortir des petits joujoux technologiques dans le vent pour réconcilier le public avec la lecture, pourquoi pas… Je suis sceptique.

Mais c’est un des grands arguments en faveur des liseuses : ça pèse moins lourd et ça prend moins de place. Bah oui, essaie un peu de mettre 15 livres dans ton sac, neuneu. Avec une liseuse, hop ! T’as tout et ça pèse le poids d’un seul livre !

C’est possible… Si vous avez besoin de vous trimbaler 15 bouquins à la fois (notez que je suis de plus en plus gentil, j’suis passé de 1200 à 200 et maintenant à 15). Personnellement quand je pars en vacances, c’est rarement plus de 2 semaines d’affilé, et en 2 semaines je ne pense pas lire plus de 2 bouquins (bon je ne suis pas un gros lecteur non plus, je vous l’accorde volontiers). Et 2 livres dans un sac… Si en plus vous prenez des poches (et vous devriez), le gain est quand même faible.

Enfin voilà, c’était un court article inspiré par cette petite pub de la Fnac… J’espère que le livre papier ne disparaîtra pas de sitôt, quand même. Parce que je ne suis vraiment pas prêt à troquer mes poches à 8€ avec une jolie couverture, des pages qui sentent bon le neuf, qui peuvent tomber par terre, trainer au soleil ou sur la plage pendant des heures et être encore lisibles et en état dans 20 ans… Pour un machin à 100€ (et des bouquins au même prix que les versions papier) qui doit être alimenté, probablement fragile (avec obsolescence programmée, bien sûr) et qui transforme l’achat de livre en achat de licence pour une information électronique aussi volatile que la mémoire de Jacques Chirac…

Sur ces belles paroles, je retourne lire l’Enfant du Temps d’Asimov / Silverberg, en attendant de recevoir Cause commune et Du bon usage de la piraterie que j’ai commandés il y a peu… Tout ça en papier, bien sûr 🙂

EDIT : une petite image qui résume bien ma pensée 🙂

Crédit photo : Uris Library Stacks (CC-By elfon)

Les dessous de GKND

GKND 123-4 (CC-By-Sa Simon Giraudot)GKND est la série d’aventures dérivée du Geektionnerd. Elle raconte les aventures des 3 personnages récurrents du blog, le Geek, le Nerd et la Geekette, tous 3 étudiants en école d’informatique à Grenoble. Voici quelques faits et anecdotes sur GKND, certains peut-être connus, d’autres moins :

  • La série comporte 3 tomes, chacun faisant plus ou moins 45 pages composées de 3 dessins chacune. Un quatrième tome est en cours d’écriture.
  • Chaque début de publication de tome est espacé d’environ 8 mois (le prochain a un peu de retard).
  • Dans leurs versions numériques, les pages sont agrémentées d’un fond coloré qui parcourt toutes les teintes de l’arc-en-ciel en variant légèrement à chaque page.
  • Chaque tome a une couverture d’une couleur différente. Le prochain sera jaune ou orange. Pour les suivants, il faudra jouer sur les nuances…
  • GKND est un rétroacronyme pour « a story about Geeks, Kilobytes, Nerds and Debugging » à l’image du DVD D.A.F.T de Daft Punk. GKND était à la base le diminutif de GeeKtioNerD que j’utilisais (et que j’utilise toujours) pour sauvegarder les propriétés de mon outil de dessin dans Inkscape.
  • Les personnages n’ont pas de nom, parce qu’ils n’en avaient jamais eu besoin sur le blog. Du coup, je suis obligé de ruser sur la façon d’écrire les dialogues (les personnages ne peuvent pas s’interpeler, par exemple). Je regrette un peu ce choix aujourd’hui qui est parfois compliqué à mettre en œuvre, mais ça n’aurait pas de sens de changer maintenant (et ça fait partie des originalités de la série, après tout).
  • Les scenarii sont écrits avant le début de la publi (sous forme de bêtes fichiers-texte). La réalisation est par contre faite « en direct » (une page réalisée par jour).
  • Les versions papier éditées par Framabook demandent une refonte des originaux : suppression des fonds colorés, des signatures à chaque page (sauf sur la dernière), ajout de marges blanches sur les côtés et export des fichiers vectoriels en très haute résolution. La couverture doit également être refaite avec l’arrière et la tranche (dont la largeur est calculée par rapport au nombre de pages).
  • À l’heure actuelle, moins de 200 T1 ont été vendus, une centaine de T2 et une cinquantaine de T3 (chaque sortie boostant les ventes des tomes précédents). À 1€ de royalties par exemplaire (sachant que les ventes données s’étalent sur plus d’un an), vous admettrez que je suis loin de m’en faire un SMIC (bon je ne vis pas de ça donc tout va bien). Mais c’est déjà une belle victoire d’arriver à vendre des bouquins dont la version électronique est gratuite…
  • La publication du tome 4 devait commencer en juin. Suite à un petit retard de ma part dans l’écriture du scénario (pour les mêmes raisons qui m’ont poussé à interrompre le blog il y a quelques semaines), elle ne commencera probablement qu’en juillet.
  • À l’exception du tome 1, tous les tomes comportent une petite image « bonus » à la fin (non publiée sur le blog), en rapport avec un élément secondaire de l’intrigue.
  • Le GNU du risque avait pour titre provisoire Lost in rotation et pour Licence de la vie, c’était Stallman on the moon (mais les titres en français, c’est mieux non ? 😉 )
  • Richard Stallman himself a déclaré aux RMLL 2011 au sujet du titre Le GNU du risque : « c’est pas un très bon jeu de mot ». Sacré Richard. J’ai hâte de voir ce qu’il dira de Licence de la vie.
  • L’histoire est plus ou moins autobiographique : le Geek me ressemble beaucoup (sauf physiquement). La colocation est par contre plutôt basée sur 2 amis à moi qui vivaient dans une coloc’ de ce style. La Geekette est bien sûr fictive :p
  • Les histoires se passent à Grenoble ou dans la région. Cela pourrait varier à l’avenir (d’autant que je n’habite plus moi-même à Grenoble).
  • Elles ont lieu respectivement en décembre 2010, février 2011 et juin 2011. L’intrigue du tome 4 commencera très peu de temps après la fin du tome 3.
  • L’histoire du tome 4 devait à la base être racontée dans le tome 2. Mais comme elle est relativement complexe, j’ai préféré me faire d’abord la main sur une histoire plus simple (week-end de ski). Le tome 3 a conclu l’histoire du tome 2 et le tome 4 va enfin voir cette histoire réalisée 🙂
  • Le tome 4 sera sans doute surprenant. J’ai essayé d’y mettre plus « d’aventure » sans pour autant sacrifier l’humour qui reste la force motrice de l’histoire.
  • À ce jour, j’ai écrit une trentaine de pages. Le tome sera peut-être un peu plus long que les autres, car je ne sais pas si je pourrai le terminer avec seulement 15 pages (et au passage, je ne sais pas encore vraiment comment il va se terminer :p).
  • J’ai pas mal hésité sur le titre, une fois de plus. Indice : celui retenu est une référence à un troll très courant sur Internet 😉
  • J’ai déjà en tête un synopsis pour le tome 5 et un titre qui déchire tout. J’ai aussi une vague idée de synopsis pour le tome 6 (mais bon c’est à creuser et j’ai le temps avant d’en arriver là…).

Voilà voilà. Et pour finir, vous savez ce que dit un mec qui veut partager ses œuvres en Creative Commons mais qui ne veut pas qu’on les modifie ?

J’ai qu’à Nd…

Quoi Richard ? T’as un commentaire à faire ?

Crédit photo : GKND 123-4 (CC-By-Sa Simon Giraudot)

YouTube, je t’emmerde

Contra-copyright (CC-By Marco Gomes)Ceux qui suivent mon Identi.ca/Twitter le savent, je viens de clôturer mon compte YouTube.

Après 1h40 de retard de la SNCF et un dégât de eaux digne du Titanic dans mon appart’ hier, j’ai eu la bonne surprise ce matin de découvrir ce mail fort sympathique :

Bonjour ptilouk,

La vidéo « Super Mariobi-Wan Kenobros » peut présenter du contenu concédé sous licence par FOX ou lui appartenant. Elle a donc été bloquée sur YouTube.

Cette réclamation a une incidence négative sur l’état de votre compte. Pour en savoir plus sur les règles appliquées à votre vidéo, consultez la page Notification pour atteinte aux droits d’auteur.

Cordialement,
– L’équipe YouTube

Tiens donc ! Pour ceux qui n’auraient pas vu cette vidéo, il s’agissait d’un montage reprenant le combat Obi-Wan™/Qui-Gon™/Maul™ à la fin de La Menace Fantôme™ en substituant des bruits de Super Mario Bros™ aux bruitages originaux. Passablement énervé (surtout que ma patience n’est pas au mieux de sa forme – cf mes deux galères de la veille citées plus haut), j’ai décidé de fermer mon compte. Bon, il faut relativiser, je n’avais que 2 vidéos : celle incriminée et un arrangement perso mixé sur une chanson de Thom Yorke (contenu copyrighté aussi, au passage). Comme YouTube™ a la gentillesse de nous demander pourquoi on part dans son formulaire, j’ai répondu ceci :

Une de mes vidéos parodiant Star Wars avec les bruitages de Super Mario a été bloquée suite à une plainte de la Fox. Un préjudice irréparable, je le comprends bien, puisque 90% des gens ayant visionné ma vidéo ne connaissaient pas Star Wars et ont – évidemment – cru que j’en étais le créateur. Toutes mes plus plates excuses à la Fox, jeune compagnie qui essaie tant bien que mal de se faire connaître malgré les sales pirates dans mon genre qui pillent son répertoire sans vergogne.

Bref, YouTube se rendant complice d’un système de propriété intellectuelle archaïque et privilégiant ses partenaires commerciaux sur ses utilisateurs (sans qui il n’est pourtant rien), je ne peux rester en mon âme et conscience inscrit sur ce site. Sachez tout de même qu’il reste un espoir que je revienne, lorsque Star Wars sera tombé dans le domaine public. Soit dans 250 ans (en étant optimiste), j’imagine. Bien à vous.

Je doute que quelqu’un en ait quelque chose à carrer chez eux (ou même le lise), mais il fallait que ce soit dit. Merde. Quand je pense à tout le pognon que j’ai pu dépenser depuis ma plus tendre enfance pour ces films…

  • Places de ciné en 1997, 1999, 2002 et 2005 – plusieurs fois pour les récents d’ailleurs (fête du ciné, etc.).
  • VHS de l’édition spéciale de 1997.
  • DVD de tous les épisodes (1, 2, 3 et le premier coffret 4-5-6 qu’ils ont sorti). Pas les raies-bleues parce que je suis un con qui ne sait pas apprécier pas la haute-qualité.
  • Un nombre incalculable de figurines, vaisseaux et autres legos Star Wars™ quand j’étais petit…
  • Etc. Etc.

Bref, force est de constater que des œuvres que beaucoup considèrent comme universelles et faisant partie de la culture commune (merde, c’est Star Wars™ quoi) sont toujours défendues comme si la vie des auteurs en dépendait. Et bien vous savez quoi ? Pour moi c’est terminé. J’avais vaguement eu l’idée d’aller voir les versions 3D au ciné (j’ai loupé l’épisode 1 d’ailleurs), mais vous pouvez toujours courir (fallait-il vraiment que je sois fan, moi qui ai pourtant un avis assez mitigé sur la 3D). Plus un sou n’ira de ma poche vers celles déjà pleines la Fox™.

Je sais ce que vous allez dire, je suis un peu naïf d’avoir pensé que ça aurait pu se passer autrement. Bien sûr que je sais que ce genre de truc arrive, mais ça ne fait pas pareil quand c’est votre vidéo qu’on bloque. Surtout que je pense être dans mon bon droit, puisque le droit de parodie est écrit dans la loi française. Mais pas la moindre envie/énergie de lutter contre le vent. Et surtout, je déteste cette façon de tirer avant et de discuter après, façon Hadopi™, présomption de culpabilité oblige. Alors oui, YouTube™, je t’emmerde, je t’emmerde, et j’emmerde la Fox™ et tous ces crevards qui s’accrochent à leurs rentes comme un bébé à son hochet. Vous tous, vous n’êtes rien sans nous. J’espère qu’un jour vous vous serez mis assez de monde à dos pour être obligés de changer d’attitude (parce qu’on commence tous à abandonner l’idée que vous y soyez forcés par la loi, ce qui serait pourtant la meilleure option). Sinon, on fera sans vous. C’est tout.

Et je suis mille fois conforté dans ma vision des choses, de la culture libre et du droit d’auteur en général. Ce genre de comportement me donne envie de gerber, surtout quand je reviens d’un festival sur la culture libre (Tant Libre) où j’ai pu rencontrer et discuter avec plein de gens qui font des trucs géniaux (musique, BD, presse) avec une éthique impeccable et qui essaient de survivre à coups de RSA… L’industrie du divertissement est une verrue, laissons-la crever tranquillement et faisons les choses correctement de notre côté. Il n’y a rien à attendre des rentiers du copyright.

PS : non je ne compte pas uploader la vidéo autre part. Honnêtement, elle est anecdotique et je n’y tiens pas plus que ça, ce n’est pas comme si on m’avait viré le Geektionnerd, quoi. C’est la méthode et le principe qui m’ont fait sortir de mes gonds.

Crédit photo : Contra-copyright (CC-By Marco Gomes)

Are you a jerk?

Money (CC-By-Sa 401K)Le nouveau Humble Bundle est sorti ! Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’un pack de jeux indépendants en vente pour une durée limitée au prix que vous voulez (pas gratuit), avec un jeu bonus si vous donnez plus que le prix moyen (petite carotte pour faire monter les achats).

Les jeux ne sont pas libres la plupart du temps (dommage), mais ils sont multiplateformes et sans DRM, ce qui n’est déjà pas si mal. Bref, un bon concept, j’avais personnellement acheté le premier spécial Android (avec World of Goo, Anomaly ou encore Osmos, 3 excellents titres).

Seulement voilà, j’ai un peu tiqué en visionnant la nouvelle bande-annonce : vers 1min30, le sympathique personnage qui nous présente le pack nous explique un concept intéressant…

You pay whatever you want. You can pay a lot or you can pay a very little. But if you pay a little then you’re a big jerk ’cause it goes to benefit charity.

Si je résume, nous pouvons payer très peu (0€ est exclu donc le minimum doit être à 0,01€ j’imagine) mais dans ce cas, nous sommes des « gros cons ». Alors certes, la présentation du pack se veut assez humoristique et ironique (la petite blague sur Linux peut confirmer ça), mais même dit sur le ton de la plaisanterie, ça me dérange un tout petit peu.

Pour moi, cela dénature complétement le concept : si on met en place un système « pay what you want », il faut accepter que certains donnent peu, voire très peu. C’est le jeu. La carotte du jeu supplémentaire si on donne plus que la moyenne est sympa, c’est une petite motivation pour donner plus.

Par contre, dénigrer ceux qui donnent peu, je trouve ça idiot. Si les créateurs du Humble Bundle considèrent que les gens qui donnent peu sont des cons, alors pourquoi ne pas mettre un prix minimum ? Ce serait plus honnête. Là, on donne dans le chantage affectif (avec le petit couplet sur les bonnes œuvres), ce qui est pire, à mon sens.

Ça donne l’impression que le Humble Bundle n’utilise ce concept que pour la bonne pub et la bonne image que ça lui donne (attention je ne dis pas que c’est le cas, je dis que c’est l’impression que ça me donne). Un côté un peu faux-cul.

Ça me rappelle ces entreprises qui veulent faire branchouilles en n’imposant pas d’horaire à ses salariés. Résultat ? Celui qui part tôt est regardé de travers par ses collègues. La pression sociale devient plus écrasante que les horaires imposés et les salariés finissent par rester plus longtemps que s’ils avaient des horaires !

Futé non ? Oui, mais ce sont des méthodes détestables. Si on ne me donne pas d’horaire, alors il n’y a pas d’horaire, point. Si on me dit que je fixe le prix que je veux, alors je fixe le prix que je veux, point. Et je vais même plus loin : je préfère qu’on me dise « c’est X euros » plutôt que « c’est ce que tu veux, mais attention si tu donnes peu t’es un con ». Au moins c’est honnête, on ne fait pas les faux-culs en remplaçant une obligation concrète par un obligation morale déguisée.

Si je me permets de critiquer ce point, c’est que je suis moi-même concerné. Et pour ma part, les choses sont claires : vous pouvez acheter mes bouquins ou me faire un don si vous voulez soutenir mes œuvres sous licence libre (enfin pour le moment vous ne pouvez pas me faire de don mais si l’envie vous en vient, faites-en donc un à Framasoft). Je serais très heureux et vous en serais très reconnaissant si vous le faites. Mais ça ne fait pas de vous quelqu’un de meilleur.

Et celui qui va lire le Geektionnerd en long en large et en travers sans jamais rien donner ou acheter, il ne vaut pas moins que vous. Ce n’est pas un con ou un égoïste. Vous avez choisi de soutenir financièrement, lui non. Peut-être le soutient-il d’autres manières ? Il n’y a pas que l’argent qui aide (vous aidez rien qu’en en parlant autour de vous, par exemple). Et quand bien même n’aiderait-il pas du tout, ce n’est pas grave. C’est ça la culture libre, c’est aussi la liberté de pouvoir en profiter sans contrepartie.

J’insiste sur ce point, car c’est une petite dérive qui apparaît régulièrement dans les cultures libres et alternatives : on veut faire les gars ouverts en proposant des concepts cools, mais on tire la tronche dès que quelqu’un en profite.

Un don motivé par une pression sociale, ce n’est plus un don, c’est une taxe sur la bonne conscience, c’est s’acheter un capital sympathie.

(Bon, je sais, j’ai un peu dévié du sujet car le Humble Bundle ne se revendique pas « libre » ou autre, mais je trouvais que le sujet méritait un peu plus de développement que 4 petits tweets. Et je le répète, c’est une petite critique en passant sur une phrase un peu maladroite. Ça n’enlève rien à la qualité des Humble Bundles et au bon esprit qu’il y a derrière – si les jeux vous tentent, achetez-les, ce sont des valeurs sures 🙂 )

Crédit photo : Money (CC-By-Sa 401K)

Tant de choses à faire… Et si peu de temps

Mes projets (CC-BY-Sa Simon Giraudot)Si le titre de cet article vous est familier, peut-être avez-vous comme moi adoré le premier Batman de Burton (en VF, sacrilège certes, mais j’étais petit et c’était une VHS) et retenu cette réplique du Joker (Nicholson, magistral près de 20 ans avant le non moins magistral – et regretté – Ledger).

Une phrase qui m’est venue à l’esprit en commençant à écrire un petit scénario pour SuperFlu, le superhéros inutile que j’avais imaginé il y a plus de 2 ans et qui a refait une apparition soudaine au festival BD de l’INSA Lyon. Encore un projet à ajouter à ma liste, entre la compilation téléchargeable des articles du Geektionnerd (qu’il va bien falloir que je me décide à faire un jour ou l’autre), le scénario du tome 4 de GKND qui n’avance pas aussi vite que je le voudrais, les articles pour ce blog dont les brouillons s’entassent, les dizaines de compositions que j’aimerais un jour prendre le temps d’enregistrer, les histoires que je voudrais raconter sous forme de roman ou de nouvelle et tous ces embryons de jeux-vidéo que je devrais développer…

De plus en plus de projets pour un temps libre qui diminue d’année en année (car je parle bien de projets amateurs sur mon temps libre, les mêmes problèmes ne se posent pas pour mon travail professionnel puisque j’y consacre la majeure partie et que je n’ai donc aucun souci pour faire ce que j’ai à faire).

C’est mon grand problème : avoir tendance à vouloir faire tellement de trucs que je finis par ne plus rien faire jusqu’au bout. Le Geektionnerd a été de ce point de vue ma petite victoire, et c’est d’ailleurs la raison qui m’a poussée à me fixer un objectif d’un article par un jour : en m’imposant un rythme régulier et fréquent, je me suis obligé à continuer et à ne pas lâcher le projet au bout de deux mois. La méthode est efficace, je vous la conseille si vous êtes dans le même cas que moi : très enthousiaste à l’idée de se lancer dans un nouveau projet, très efficace au début puis de moins en moins à mesure que les tâches « ingrates » arrivent.

Dernier exemple en date : les versions Hache-Dé du Geektionnerd. Ça m’a pris un temps fou, j’ai dû clairement m’imposer une date limite pour les sortir, et ça a bien fonctionné. Et maintenant ? Maintenant je vais sortir un PDF avec tous les articles à télécharger sur le site. Oui mais voilà, je n’arrive jamais à le finir, ce PDF. Parce qu’il reste quelques tâches ingrates, corriger des petites erreurs de mise en page, compiler le tout, faire l’upload sur le site, faire une page pour le téléchargement, etc. Tout ce qui est du domaine du « chiant » comparé au plaisir que j’ai pris à dessiner ces articles.

Vous pouvez jeter un œil à l’image : c’est le contenu de mon dossier « Projets ». Notez que le Geektionnerd est le dossier contenant le plus d’éléments (bon, ça ne veut pas seulement dire que c’est mon projet le plus avancé, mais aussi que le dossier est un gros bo##el qui mériterait d’être rangé un peu plus soigneusement 😉 ).
Comme le reste est un peu obscur, voici quelques explications :

Note : la plupart des projets sont en version alpha. Les projets avancés sont marqués avec *, les projets terminés ou vraiment développés avec **.

  • audio_tools : essais de programmation pour modifier des fichiers WAVE directement dans un programme C.
  • *balot : Beautiful And Libre OpenGl Tetris, un joli tetris.
  • bd : un projet de BD avorté (dont le style est devenu par la suite le Hache-Dé sur le Geektionnerd). Je vais en reprendre plusieurs idées pour SuperFlu, d’ailleurs.
  • *BFTG : Battle For The Geeks, un jeu-vidéo dérivé du Geektionned.
  • blender : mes essais sur le célèbre logiciel libre de modélisation 3D.
  • *blocnotes_images : mon dossier pour stocker les images que j’utilise sur ce bloc-notes.
  • brainfuck : je ne sais plus mais vu le titre, ça devait être capital :p
  • **convexhull : un programme pour calculer l’enveloppe convexe d’un ensemble de points.
  • *c_tools : des trucs divers en C (les macros et typedef que j’utilise souvent, par exemple).
  • DT : des montages audios sur Dream Theater (oui j’ai un dossier pour ça, pourquoi ? :p)
  • Ecrits : des débuts de romans / nouvelles (pas grand chose, hélas).
  • Electro : des essais de musique électronique.
  • **FPABH : mon enregistrement de Feeling Pulled Apart By Horses de Thom Yorke.
  • *Gee : mes compositions.
  • **Geektionnerd : what else?
  • GnuTA : un clone libre de GTA2 (à l’état embryonnaire, bien sûr, ne vous affolez pas 😉 ).
  • **gol : implémentation perso du jeu de la vie (Game Of Life).
  • *Groupe : quelques enregistrements et compos pour un groupe de musique que j’avais formé avec 2-3 potes en 2ème année d’école d’ingé.
  • img : programmes de traitement d’images.
  • Inkscape : essais de dessin vectoriel.
  • *letter_pc_gen : générateur de nuage de points sur des lettres de l’alphabet (bah quoi ?).
  • libit-0.2.3 : modif perso d’une bibliothèque sympa de traitement du signal.
  • MAO : Musique Assistée par Ordinateur. Encore des compositions / enregistrements.
  • osva : je ne sais plus.
  • *PacNerd : PacMan version Geektionnerd.
  • **poclorage : POint CLOud RAndom GEnerator, générateur aléatoire de nuage de points.
  • *scene : programme qui produit de jolies scènes en OpenGl.
  • Scratch Projets : essais avec le logiciel Scratch (présenté par aKa aux RMLL 2011, sympa si vous voulez appendre la programmation à des petits).
  • siteweb : ma page professionnelle.
  • **star wario : mon montage vidéo qui mélange Star Wars et Super Mario.
  • *syracuse : des tests sur la suite de Syracuse.
  • todolist : un programme de gestion d’une Todo-list.
  • **Traduction DVD RH : sous-titrage d’un live de Radiohead avec les chansons traduites (oui, je sais, j’ai des drôles d’idées).

Voilà. Beaucoup de choses, mais peu qui soient présentables en l’état. Et encore, j’ai fait le ménage il y a quelques mois.

Au final, c’est une question de choix. Pour l’instant, je me concentre sur ce que je fais le mieux et qui m’a le plus réussi pour le moment : la BD. Mes priorités sont donc (pas d’ordre précis) :

  • Finir le scénario de GKND4. J’ai pris du retard sur ce que j’avais prévu (suite à mon break du mois dernier), mais idéalement, j’aimerais commencer la réalisation / publication cet été. J’en suis à la page 22 (sur probablement une cinquantaine).
  • Finir ce foutu PDF des versions Hache-Dé.
  • Commencer une bonne fois pour toute à compiler les articles du Geektionnerd dans des PDF (plus j’attends, et plus la pile d’articles s’allonge !).
  • Développer la BD de SuperFlu : c’est mon nouveau projet « chouchou ». Je m’amuse beaucoup avec, j’ai déjà écrit les scenarii pour plusieurs strips et j’ai quelques essais dessinés (dont une jolie acolyte à côté de laquelle la Geekette est assez quelconque :p). J’ai vraiment envie de faire un truc joli et sympa avec ça. Le Hache-Dé n’est pas adapté à la publication quotidienne du Geektionnerd, mais pour ce petit projet parallèle, ça sera très bien. Ce sera sans doute publié ponctuellement sur le Geektionnerd. Et ce sera complétement débile, bien entendu.

Et de mon côté, je continue la musique, l’écriture et la prog’, en espérant pouvoir en faire quelque chose de concret un jour…

Crédit photo : Mes projets (CC-BY-Sa Simon Giraudot)

L’accompagnement thomyorkien

Thom Yorke (CC-By angela n)Ceux qui me connaissent un peu, que ce soit personnellement ou par le biais du Geektionnerd, savent que je suis un grand fan de Radiohead. J’aime autant vous prévenir que cet article risque de n’intéresser que les auditeurs du groupe, mais vous pouvez toujours le lire par curiosité musicale même si vous ne connaissez pas (ce sera illustré par des chansons).

Je vais donc vous parler aujourd’hui d’un motif d’accompagnement à la guitare que Thom Yorke, le chanteur-pianiste-guitariste-leader du groupe, semble apprécier tout particulièrement, puisqu’on l’a entendu dans pas moins de 5 chansons sur les 6 dernières années.

Il s’agit d’un accompagnement léger et épuré, basé sur une forme d’accord de 2 notes constitué de la fondamentale et de la tierce à l’octave supérieure (ou dixième, si vous préférez). La quinte est absente, mais on « reconnait » quand même de quel accord il s’agit (principalement parce qu’ils sont tous joués sans renversement, avec la fondamentale comme note basse).

On peut voir ça comme une simplification à l’extrême d’accords classiques : en notation E-A-D-G-B-E, le mi x-7-9-9-8-7 devient x-7-x-x-8-x, le sol 3-5-5-4-3-3 devient 3-x-x-4-x-x, etc.

Ça a l’air tout bête, mais on reconnait très vite cet accompagnement dont maître Yorke use et abuse. La plupart du temps, il fait sonner alternativement chaque note selon un rythme spécifique à chaque chanson. Voyons ce que ça donne.

Note : les liens mènent tous vers YouTube. Je n’inclus pas les vidéos dans la page pour ne pas alourdir.

Black Swan (2006)

C’est à ma connaissance la première utilisation de cet accompagnement. Notez que la chanson n’est signée par Radiohead mais provient de l’album solo de Thom Yorke (The Eraser – sublime, je vous le conseille).

Ici, la totalité de la chanson repose sur cet accompagnement et cet enchaînement d’accords (avec guitare accordée en drop-D, soit DADGBE) :

  • Am : 7-x-x-5-x-x
  • G : 5-x-x-4-x-x
  • C : 10-x-x-9-x-x
  • Dm : 0-x-x-10-x-x (notez la petite variation avec passage à l’octave inférieure sur la basse)
  • Csus4 : 10-x-x-10-x-x
  • Dm : 0-x-x-10-x-x
  • Csus4 : 10-x-x-10-x-x (once again with feelings)
  • Dm : 0-x-x-10-x-x

Pour vous faire une idée :

Reckoner (2007)

Sortie sur l’album In Rainbows, même schéma avec quelques petites variations sur :

  • C : x-3-x-x-5-x (en passant par Csus2 x-3-x-x-3-x)
  • Em : x-7-x-x-8-x (en passant par Esus2 x-7-x-x-7-x)
  • D : x-5-x-x-7-x (en passant par Dsus x-5-x-x-5-x)

Bon il y a aussi quelques accords en plus, notamment pour le pont, mais la progression de la chanson est basée là-dessus. Il est possible que les accords soient joués sur les cordes plus graves. Et vous pouvez aussi remarquer que Thom a tendance à jouer les accords plus franchement en live (en ajoutant la quinte par exemple).

Même chose :

The present tense (2009)

Magnifique chanson jouée par Thom seul en concert, d’abord sur guitare acoustique puis électrique. Je ne détaille pas les accords (il y en a beaucoup), mais encore une fois on retrouve cette forme d’accord et l’alternance basse/dixième avec un autre rythme.

La chanson n’a malheureusement pas été enregistrée en studio à ce jour (et c’est bien dommage, tous les fans la réclament). De plus, Jonny Greenwood (le guitariste qu’on peut considérer comme le n°2 de Radiohead) a utilisé l’harmonie de la chanson pour un morceau d’une bande originale de film qu’il a signée… La chanson en est-elle pour autant abandonnée ? Espérons que non.

Si oui, il nous reste ces traces :

Staircase (2010)

Pour cette chanson, c’est un peu particulier : en effet, la version studio (parue en 2011) utilise un arrangement complétement différent, très électronique et rythmé.

Mais lorsque Thom l’a présentée (seul sur scène, à nouveau), c’était une chanson très calme et douce… Et qui utilisait toujours ce fameux accompagnement. Cette fois, le rythme est simplicime puisqu’il s’agit d’une bête alternance basse/dixième en croches régulières.

Petite anecdote amusante, la première fois qu’il l’a jouée, Thom a déclaré pendant l’introduction :

I don’t know if you’ve noticed but I only got one trick on the guitar, now… I’ll stop when it gets boring.

Ce qui signifie pour nos amis non-anglophones :

Je ne sais pas si vous avez remarqué mais je ne fais plus qu’un seul truc à la guitare, maintenant… J’arrêterai quand ça deviendra chiant.

Héhé, merci d’avoir confirmé mes soupçons, cher Thom, j’avais effectivement remarqué. 🙂

Ceci dit, d’un point de vue personnel, je préfère largement la version studio. La version live m’avait plutôt laissé de marbre, trop plan-plan. Le nouvel arrangement est vraiment canon (la ligne de basse sur les refrains, wahou).

Vous pouvez donc écouter :

Little by little (2011)

Sortie sur le dernier album en date, The King of Limbs. Sur cette chanson, la présence de l’accompagnement est moins évidente mais tout de même reconnaissable : les couplets sont soutenus par un rythme d’accords qui appuient comme d’habitude sur la basse et la dixième, et le refrain est accompagné par un motif à mi-chemin entre la franche mélodie et l’arpège de 2 notes comme sur les chansons précédentes.

C’est assez dur à décrire et, je le répète, ça se reconnait moins franchement que sur les 4 chansons précédentes. Mais ça reste basé sur l’appuie basse/dixième dont Thom Yorke souhaite, semble-t-il, faire une marque de fabrique. On peut dire que c’est réussi !

Pour finir :

Voilà, c’était ma petite analyse d’un motif récurrent dans la musique de Radiohead… Il y en aura peut-être d’autres, ce groupe ayant une forte tendance à multiplier les arrangements de chansons et les styles expérimentés (pour notre plus grand bonheur).

Crédit photo : Thom Yorke (CC-By angela n.)

Une thèse ? Et tu travailles sur quoi ?

Triangulation (CC-By James Mallos)Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler de mon boulot. Je fais habituellement une distinction nette entre ma vie « publique » (en gros, le Geektionnerd) et ma vie professionnelle (quant à la vie privée, je me la garde), mais il n’y pas de mal à faire une petite exception de temps en temps ! Pour ceux qui l’ignorent, je suis thésard en informatique à l’Inria. Et lorsque je me présente ainsi, vient fatalement la question « et tu travailles sur quoi ? ».

Outch. J’aime autant vous dire que si la question tient en 5 mots, la réponse est loin d’être simple à formuler… Et qu’il y a de grandes chances que vous n’y compreniez rien. Ne le prenez mal, ce n’est pas de la condescendance, mais c’est comme ça que la science fonctionne : plus les connaissances scientifiques humaines avancent, et plus les domaines de recherche universitaire deviennent à la fois très spécifiques (on travaille sur une et une seule toute petite chose très précise perdue dans l’immensité des domaines de recherche possibles) et très pointus (en gros, on est 15 dans le monde à bosser sur ce petit machin très précis). J’ai d’ailleurs un article en tête pour présenter ce principe de façon plus concrète plus tard, mais ce n’est pas le sujet.

Cet article va donc être long. Me vient à l’esprit un petit dialogue très drôle du film « On connaît la chanson » :

– Et une thèse euh… Sur quoi ?
– Sur les chevaliers-paysans de l’an mil au lac de Paladru.
– Mais euh, y’a des gens que ça intéresse ?
– Nan, personne.
– Pourquoi t’as choisi ce sujet alors ?
– Pour faire parler les cons !

Voilà. Alors je vous rassure, je ne fais pas une thèse pour faire parler les cons (faudrait quand même être bizarrement motivé, d’autant que les cons parlent très bien sans qu’on les sollicite). Mais si vous lisez le sujet de ma thèse, comme ça, ça ne va sans doute pas vous parler des masses. Allez, pour le fun, ouvrez les guillemets :

« Robust surface reconstruction from defect-laden data »

Alors, ça pète hein ? Pour les non-anglophones, cela veut à peu près dire « Reconstruction de surfaces robuste à partir de données pleines de défauts ». Ça vous fait une belle jambe, non ? Et encore, ça pourrait être pire : là, en lisant, on comprend tous les mots et on peut avoir une vague idée de ce que cela signifie. Parce que dans un autre registre, j’ai des collègues qui doivent « marcher rapidement dans des triangulations » ou trouver des « structures de données efficaces dans les triangulations en haute-dimension » (ouais, on aime beaucoup trianguler là où je bosse). Ça calme. Et encore, même là, ça reste des maths appliquées. Lisez-donc un sujet de mathématiques fondamentales, pour voir.

Si tu avances quand j’trianguleuh
Comment veux-tu, comment veux-tu…

Bon bref, n’empêche que même si le titre n’est pas parlant pour tout le monde, il est tout à fait possible d’expliquer le sujet avec des mots simples. Parce que, je me répète, mais dans mon cas, ce sont des maths appliquées, qu’on bosse dans le monde réel et que, même si le bouzin scientifique qui se cache derrière est du genre coriace, le but recherché est en fait d’une simplicité surprenante.

Mais on va y aller mollo. Tout est dans le sujet (ou presque), alors allons-y terme à terme, dans l’ordre d’importance. Je vais aller au plus simple, histoire qu’aucune connaissance scientifique poussée ne soit nécessaire pour comprendre.

Surface reconstruction

Reconstruire une surface ? Mais pour quoi faire ? On l’a déconstruite, avant ?

La reconstruction de surface, c’est un un domaine très vaste de la science informatique. La biblio dans ce domaine est trèèèèès longue (j’en sais quelque chose, la première mission du thésard étant de faire le point sur « l’état de l’art »). Il y a beaucoup de méthodes avec beaucoup d’adaptations, chacune fonctionnant très bien dans beaucoup de cas et très mal dans beaucoup d’autres cas aussi. Beaucoup de beaucoup donc. Ajoutez à cela la difficulté de mesurer quantitativement la qualité d’une surface reconstruite (c’est-à-dire autrement qu’en regardant si la surface est belle ou pas), et vous avez une idée de l’ampleur du problème.

Reconstruction donc, mais à partir de quoi ? De points. De centaines, de milliers, et plus souvent de millions et de dizaines de millions de points. On appelle ça un nuage de points (point cloud). Il peut être brut (un point est alors juste un point géométrique classique, représenté par 2 coordonnées dans le plan ou 3 dans l’espace) ou être enrichi par de l’information supplémentaire, comme des vecteurs normaux (qui donnent une idée de l’orientation locale de la surface). Mais gardons le cas le plus simple, le nuage de points brut. On aura donc tout simplement N informations de la forme (x, y, z). Voyons ce que ça peut donner si on visualise ça :

C’est beau non ? Vous pouvez reconnaître un tore (et c’est moi qui l’ai fait en plus). 50000 points, ce qui est peu, mais largement suffisant vu la simplicité de l’objet. Là, il s’agit d’un nuage généré par un programme (dont je parlerai dans un prochain article), mais bien sûr, on dispose également de très nombreux exemples de nuages de points acquis sur des objets réels par des scans au laser. Le site de l’université de Stanford est par exemple très célèbre pour proposer une bibliothèque de surfaces et de nuages de points provenant d’objets réels (le Stanford Bunny est presque légendaire, si vous jetez un œil à quelques articles sur la reconstruction ou sur d’autres sujets qui touchent à la 3D, vous risquez de le croiser souvent – un peu comme Lenna pour le traitement d’images).

Oui, les chercheurs aiment bien regarder des playmates et des lapins quand ils bossent. Y’a un problème ?

On parle donc de reconstruction, non pas parce qu’on a déconstruit la surface, mais parce que les systèmes d’acquisition dont nous disposons ne capturent que des points. Si l’on veut passer à un objet surfacique, pas le choix, il faut traiter ce nuage pour retrouver la surface qu’on a scannée.

Mais dis-donc, on voit très bien que c’est un tore, ton nuage de points ! C’est simple de retrouver la surface à partir de ça, non ?

Hé oui, mais si vous voyez le tore, c’est que votre cerveau est sacrément bien foutu et que vous êtes très intelligent (si si, j’insiste). Rappelez-vous de ce que je vous ai dit dans un précédent article et qui est fondamental : l’ordinateur est con.

Quelle que soit la forme que prend votre nuage de points, sans autre information, votre ordinateur ne verra jamais rien d’autre qu’une suite de coordonnées (x, y, z). Il faut donc lui expliquer comment on trouve une surface à partir d’un ensemble de point. Vous voyez le problème ? On parle de deux objets complétements différents. Un point, c’est simple, c’est x, y et z. Et une surface, vous la définiriez comment, vous ? Et comment vous passeriez de l’un à l’autre ? Bon, en réalité, il existe beaucoup de manières de représenter une surface en langage informatique. Mais passer du point à la surface, c’est loin d’être anodin.

Et en plus, ça va devenir bien pire.

Robust

Robuste ? On va faire de la reconstruction antiatomique ?

En quelque sorte. Le nuage de points que je vous ai montré dans la partie précédente, c’est de la rigolade. Vous ne trouvez pas ? Moi si. La forme est ridiculement simple, le nuage de points est très dense, il est uniforme (à peu près la même densité de points partout sur la surface) et il ne manque pas de données. Bref, le pied.

Figurez-vous que dans la vraie vie, les nuages de points ont le culot d’être parfois complétement pourris (si si, je vous assure). Déjà, on va reconstruire des objets réels avec des formes beaucoup plus complexes (allez voir la bibliothèque de Stanford – mais y’a bien pire que ça, imaginez qu’on décide de scanner le Parthénon ou la tour Eiffel), et le nuage peut avoir des quantités de défauts que vous n’imaginez même pas.

Seulement voilà, si votre utilisateur a besoin de reconstruire une surface, vous ne pouvez pas juste lui dire « ton nuage de points est pourri, j’peux pas ». Quand on traite des données réelles, il faut être prêt à tout, surtout au pire. On va voir dans la section suivante ce qu’est ce « pire ».

Defect-laden

« Plein de défauts ». Hé oui. À cause des imperfections de mesure, des méthodes de balayage des scanners (plusieurs scans recalés, par exemple) et de quantités d’autres raisons, notre nuage de points peut présenter une myriade de défauts différents. On regroupe traditionnellement ces défauts en plusieurs classes :

  • Le bruit : je compte faire prochainement un article complet sur le bruit au sens scientifique (bruit autre que sonore donc), mais pour faire simple, il s’agit d’un décalage entre les données réelles et celles que vous avez récupérées au scanner. Parce que votre scanner n’est pas infiniment précis, lorsque vous acquérez un point qui est à 5m pile, votre scanner vous donnera peut-être une valeur de 4,8m ou de 5,1m par exemple (l’incertitude étant plus ou moins grande selon la précision de votre scanner). Il y a beaucoup de sources de bruit, l’imprécision du scanner en est une, mais le simple fait d’utiliser des nombres flottants finis sur un ordinateur est déjà créateur de bruit par rapport à des nombres réels.
  • Les outliers : désolé pour les puristes francophiles, je ne connais pas de traduction, on utilise toujours ce terme même en français (on peut parler de donnée aberrante, il me semble). Par opposition aux inliers, qui sont les points corrects qui correspondent aux données, les outliers sont, pour être clair, des points qui n’ont rien à faire là. Mais voilà, ils sont là. Une mouche ou une poussière qui passe devant le scanner ? Ou tout simplement un scanner capricieux qui voit des objets invisibles ? Bref, ce sont des points qui peuvent apparaître aléatoirement et qui ne correspondent pas à votre objet. En cela, ils sont très différents du bruit : le bruit donne des points inexacts mais proches des données réelles, les outliers sont des points totalement aberrants. Ils sont normalement peu nombreux par rapport aux inliers, mais si votre méthode de reconstruction est très sensible à chaque unique point, vous imaginez la catastrophe quand on en croise un…
  • Les données manquantes : des trous dans les données. Imaginez une statue posée au sol. Vous ne pouvez pas scanner la partie en-dessous de la statue, il y a un trou dans vos données. Mais il faut quand même pouvoir reconstruire le reste. Si vous faites un scanner à la main, vous pouvez aussi rater une partie de l’objet par mégarde. Bien sûr, on ne peut jamais réinventer les données qui manquent, mais il faut trouver un moyen de combler ces trous efficacement.
  • Les variations dans la densité de points : vous scannez 15 fois l’avant de votre objet et 1 fois l’arrière. Bon, vous n’êtes pas malin, aussi. Mais, résultat, vous avez 15 fois plus de points sur l’avant que sur l’arrière, pour une surface d’aire équivalente : la densité de points devient très variable. Ça n’a l’air de rien, mais si votre méthode de reconstruction est robuste au bruit et aux outliers, elle va peut-être considérer l’arrière de votre face comme un nuage d’outliers ! Hé bien oui, des points très peu denses comparés au reste, ça peut très vite passer pour des données aberrantes…

Ce sont les 4 principaux types de défauts qu’on rencontre. Aujourd’hui, on sait plutôt bien gérer le bruit et les outliers. Ce n’est pas toujours aussi évident pour les données manquantes et les variations de densité. De manière générale, il semble très compliqué d’être robuste à tous ces défauts à la fois (je dis bien « il semble », parce qu’il n’est pas impossible qu’on y arrive un jour, mais pour le moment, il faut – en gros – choisir à quoi on veut être robuste). La méthode sur laquelle je bosse actuellement est robuste aux 3 premiers défauts, ce qui n’est déjà pas si mal.

Et ça donne quoi ?

Hé bien regardez la capture d’écran ci-dessous ! Une jolie surface reconstruite à partir du nuage de points sur le tore que j’avais montré plus haut.

Hééé, mais tu te fous de nous ? Tu disais que tu devais être robuste aux défauts, et là tu nous sors une reconstruction depuis un nuage de points presque parfait ! C’est même toi qui l’a dit !

Si vous vous êtes fait cette réflexion, c’est bien, vous suivez ! Sinon ce n’est pas grave, on va dire que vous êtes indulgents avec moi, ce qui est très aimable de votre part (même si c’est discutable côté rigueur scientifique).

Nous allons donc joyeusement pourrir ce joli nuage de points. Qu’est-ce qu’on dit ?

Yoopyyyyyy ! Pourrissons les nuages de points !

Sous vos yeux ébahis, nous allons le bruiter légèrement :

C’est tout ? C’est pas un gros vacarme, ton bruit…

Bon okay, on va lui bruiter sa mère quelque chose de méchant (là ce serait donc un chercheur atteint d’un Parkinson particulièrement violent qui tiendrait le scanner) :

Alors, il fait moins le malin, notre nuage, là ! Et en plus, je lui ai mis 10% d’outliers dans sa face (bon c’est tellement bruité qu’on ne les distingue pas vraiment du reste).

Hé béh… Maintenant il a une sale tête ton tore…

Oui, mais je vais vous décevoir : la reconstruction ne va pas être fabuleuse non plus. Parce qu’on a beau être robustes, on ne va pas faire de miracle sur un nuage comme celui-là. La robustesse consiste ici à ne pas produire de forme anarchique ou aberrante (ce qui pourrait arriver avec un nuage aussi moche) et à approximer au mieux des données très imparfaites. Le résultat :

Le tore a chopé un peu de cellulite, mais ça reste acceptable (notez que je n’ai pas créé de trou dans les données mais la méthode fonctionnerait également dans ce cas : on aurait un petit « airbag » au niveau du trou), on retrouve la topologie de l’objet et une surface proche de l’originale. Vous pouvez quand même remarquer une chose : à la base, on voyait très bien le tore à partir du nuage de points, notre cerveau le reconstruisait en quelque sorte automatiquement, mais l’ordinateur ne voyait rien. Grâce à la technique qu’on a mise en œuvre, l’ordinateur devient même capable de reconstruire la surface quand nous-même ne la voyons plus si facilement que ça. C’est un exemple de ce que je racontais dans mon article sur l’ordinateur, lorsque je parlais de combiner l’intelligence humaine avec la vitesse de l’ordinateur : ici, on arrive à rendre l’ordinateur plus performant que notre vision !

Voilà ! Vous avez un petit aperçu de ce sur quoi je bosse la majorité de mon temps (et dont vous ne soupçonnez pas l’existence en lisant le Geektionnerd). J’espère que ce petit exposé un peu long (mais condensé et simplifié au maximum) vous a plu. Et pour finir, il y a toujours l’inévitable question…

À quoi ça sert ?

À plein de choses ! En imagerie médicale, par exemple, pour reconstruire des modèles 3D d’organes en utilisant les techniques d’imagerie habituelles…

Et dans un tout autre domaine, sachez que la reconstruction de scènes urbaines a le vent en poupe en ce moment : imaginez que Google (ou d’autres, mais ce sera très probablement Google qui le proposera en premier au grand public) utilise des scans au laser au lieu de photos lorsque ses voitures parcourent les villes pour Google Street View… Hé bien un jour, vous pourrez très certainement vous balader virtuellement dans les rues des villes, non plus avec de simples photos mais dans un véritable environnement 3D reconstruit à partir de ces données de points et de techniques similaires à celle que je viens de vous présenter.

Cool, non ?

(Bon, et je remarque que j’ai évoqué 3 futurs articles dans cet article-là. Y’a du boulot…)

Si ce que je vous ai présenté vous intéresse et qu’un peu de maths avancés en anglais ne vous font pas peur, vous pouvez jeter un œil à l’article Signing the Unsigned: Robust Surface Reconstruction from Raw Pointsets : la technique de reconstruction que j’ai utilisée pour mes captures d’écran est une sorte de variante de celle décrite dans ce papier.

Crédits photos :
* Triangulation (CC-By James Mallos)
* Captures d'écrans originales (CC-By-Sa Simon Giraudot)

Conservapedia, l’encyclopédie flippante

D is for... (320/365) (CC-By AndYaDontStop)Un jour, des conservateurs américains (et légèrement fondamentalistes chrétiens) ont fait l’erreur d’aller sur Wikipédia. Sweet mother of God ! Quel lieu de perversion ! Une encyclopédie qui a le culot de présenter l’évolution de Darwin comme une théorie plausible et les États-Unis comme un pays avec des défauts ! C’en fut trop pour ces braves patriotes-croyants-ultrapratiquants. Une alternative neutre à cette encyclopédie complétement biaisée par les satanistes athées-relativistes devait être créée : ainsi naquit Conservapedia.

J’aime autant vous prévenir (si vous ne connaissez pas), la première visite peut choquer. Personnellement, j’ai dû faire quelque recherches pour vérifier que ce n’était pas une blague tellement c’est parfois inimaginable de connerie revendiquée (d’ailleurs je ne suis pas le seul, Google complète « conservapedia » par « is a joke »). Mais une fois passé le premier choc, ça peut devenir assez drôle. On se prend au jeu de chercher les sujets « épineux » pour les ultraconservateurs américains (au hasard, essayez contraception, avortement, Barack Obama, etc.).

On rigole beaucoup devant l’imbécilité érigée en doctrine. Puis on se rappelle que ce sont des adultes supposés éduqués et responsables qui écrivent tout ça, que certains sont peut-être en position d’être influents. Et on frissonne un peu. Puis on recommence à lire, juste par curiosité malsaine, pour voir jusqu’où ils peuvent aller (et puis on peut toujours se consoler en se disant que c’est loin de chez nous).

Et alors, ils peuvent aller jusqu’où ?

Commençons par le commencement : comme 90% des articles de Conservapedia y font référence à un moment ou à un autre, allons lire ce qui est dit sur La Bible (ZEU Baïbeul dans le texte).  « La Bible est le livre le plus logique jamais écrit ». Bim. Comme ça, direct. L’adversaire est K.O., fin du match.

(Note : Comme tout le monde ne parle pas forcément bien anglais, toutes les citations de Conservapedia seront traduites par mes soins.)

Attention, loin de moi l’idée de vouloir critiquer une religion ou son livre sacré (et surtout, mais suuuurtout pas de provoquer de débat sur le sujet dans les commentaires). Mais bon, je pense que même si je demande à des amis chrétiens pratiquants de me définir la Bible, je doute que le mot « logique » apparaisse dans leur réponse. Alors, « le plus logique jamais écrit »… Je dois vous avouer que c’est en lisant cette phrase que j’ai cherché si Conservapedia n’était pas un site parodique (je n’arrive pas à imaginer un contexte où cette phrase sonnerait sérieuse).

C’est bien joli tout ça, mais du coup que disent-ils de l’athéisme, par exemple ?

Alors, ce qui est sympa avec Conservapedia, c’est que pour comprendre où ils veulent en venir, il suffit de lire les titres des sections, souvent d’une rare finesse. Aller, je ne peux résister au plaisir de vous proposer une petite sélection personnelle :

  • Recherche sur la faiblesse de l’attachement des individus à l’athéisme à travers l’éducation laïciste
  • L’athéisme en déclin
  • Athéistes connus qui sont redevenus croyants
  • Arguments communément cités contre l’athéisme et pour le théisme (ils sont gentils, ils englobent les autres religions avec le mot théisme, une ouverture d’esprit inhabituelle)
  • Athéisme et communisme (je rappelle qu’aux États-Unis, communisme est un gros mot)
  • Athéisme et meurtre de masse (oui oui)
  • Athéisme et zoophilie (bah quoi, autant y aller franco)
  • Athéisme et viol
  • Athéisme et suicide
  • Athéisme et obésité

Bon okay, le dernier argument sonne un peu faiblard après ce feu d’artifice de sang et de fion (si vous me passez l’expression). À la rigueur, si vous êtes un athée qui génocide des peuples le lundi, sodomise son chien le mardi, viole sa voisine le mercredi et se taille les veines le jeudi… Franchement, votre surpoids me semble secondaire.

Bah dis-donc, ils n’y vont pas de main morte… Je n’ose même pas imaginer ce qu’ils peuvent dire sur les homosexuels…

Aaah là. Un sujet majeur. Pas moins de 33 sections et un bon paquet de sous-sections sur l’article principal. Oui, article principal, parce qu’il ne faudrait pas zapper les articles annexes cruciaux que constituent « Meurtre et homosexualité », « Surmonter l’homosexualité », « Homosexualité et maladie mentale », etc., etc. À ce niveau, ça vire à l’obsession que je qualifierais presque de malsaine si je n’étais pas trop occupé à copuler avec mon hamster (comme tout athée qui se respecte). Je vous laisse aussi apprécier la délicieuse subtilité de l’illustration de l’article par « la destruction de Sodome par Dieu ».

Bon d’accord pour les sujets de société… Mais la science dans tout ça ?

J’ai envie de te répondre : à quoi sert la science quand on a ZEU Baïbeul ? Non, sérieusement, il y a des articles scientifiques (sur certaines lois, équations, etc.) dans lesquels on trouve un contenu proche de celui de Hérétikpédia Wikipédia. Mais parfois, on élève aussi la connerie au niveau sémantique : par exemple, la théorie de la relativité d’Einstein est rejetée, car le mot « relatif » pourrait sous-entendre qu’il n’y a pas de vérité « absolue » et que donc on pourrait, au hasard, remettre en cause Dieu et la religion. Oui oui, on en est là.

Aaah, et la France, et la France ?

Hé bien… Peut-être une des rares fois où Conservapedia m’a déçu. Nous n’y apprendrons pas que les français sont des capitulateurs grévistes lâches qui ne se lavent qu’une fois tous les 3 mois (si vous n’étiez pas au courant, ce sont les clichés négatifs les plus courants à notre égard). L’article me semble plutôt neutre. Bien sûr, il y est précisé que l’on apprend la théorie de l’évolution de Darwin à l’école et que nous avons refusé de les suivre en Irak. Mais comparé au reste, c’est plutôt soft.

Bref, je vous laisse parcourir les pages de cet endroit fabuleux du net, où l’on pourra apprendre que Barack Obama est le premier président musulman des États-Unis, qu’il est indispensable de proposer une section « Adolf Hilter et l’avortement » dans l’article sur l’avortement ou encore que la Terre est vieille de 6000 ans (ou 10000, on n’est pas sûrs).

Alors certes, ces fondamentalistes religieux-là ne se trimballent peut-être pas avec des ceintures d’explosifs dans les transports en commun… Mais la vache, ils arrivent quand même à me foutre les jetons.

Crédit photo : D is for... (320/365) (CC-By AndYaDontStop)

Festivals 2012, c’est parti !

Simon Giraudot en train de dessiner (CC-By Quentin Theuret)Petit message à caractère informatif aujourd’hui.

Je vais donc rapidement vous parler des 3 festivals prévus pour cet été 2012. Précisons que je n’y suis pas invité pour mes indéniables talents en broderie ou en macramé, mais bien pour ma modeste contribution à la culture libre qu’est le Geektionnerd (et ses enfants GKND). Comme je commence à en avoir quelques-unes à mon actif, je songe à créer une page spéciale sur les manifestations auxquelles je participe sur le Geektionnerd.

Festival de Bédéologie de l’INSA Lyon (26-27 mai)

Festival organisé par le BDE (Bureau Des Élèves) de l’école, sur le campus de Villeurbanne (banlieue très proche de Lyon). J’étais présent au festival l’année dernière, c’était d’ailleurs mon tout premier festival, la première fois que je rencontrais des lecteurs IRL et que je signais des autographes.

* Émotion *

Je serai là les 2 jours (samedi et dimanche), sauf le samedi matin (pour cause de long trajet en train). Il y aura des GKND à se faire dédicacer (mais je dédicace aussi les plâtres, les ordinateurs et les soutiens-gorge).

Festival Tant Libre à Meyzieu (1-2-3 juin)

Organisé par l’association Artischaud, festival spécialement dédié aux cultures libres, à Meyzieu dans la banlieue de Lyon également. Je n’y serai que le samedi (2 juin) pour les mêmes raisons que précédemment. Le fait que ce festival soit dans la même région une semaine après celui de l’INSA est un peu dommage, mais c’est comme ça. Les deux m’intéressaient à des niveaux différents (orientation BD pour l’INSA, orientation culture libre pour celui-ci), je ne pouvais donc refuser ni l’un ni l’autre. Pareil, il y aura des bouquins à se faire dédicacer.

J’ai vu qu’il y aurait également L.L. de Mars, un nom qui vous dira peut-être quelque chose puisque c’est lui qui réalise (entre autres) les pingouins qui servent de logos aux différents projets de Framasoft. Je ne l’ai jamais vu IRL, ce sera l’occasion.

Rencontres Mondiales du Logiciel Libre (7-12 juillet)

The événement du logiciel libre. J’y étais l’année dernière à Strasbourg pour la première fois (c’était d’ailleurs aussi la première fois que je rencontrais les gens de Framasoft avec qui je collabore depuis bien plus longtemps), c’était absolument génial (la photo a été prise là-bas d’ailleurs). Les libristes sont une population de faible densité en général, ce qui rend ce genre de rencontre très agréable (« ooh, en fait y’a plein de gens comme moi, chouette ! »). Bref, j’ai hâte d’y être, ce sera à Genève cette année. Une première d’ailleurs, toutes les autres éditions ayant eu lieu en France (le « mondiales » en prend un coup).

Je serai probablement là pendant toute la durée du festival (faut que je pose mes jours, tiens). J’y donnerai aussi une petite conférence. L’année dernière, j’avais présenté un dessin du Geektionnerd réalisé en direct. Histoire de changer un peu, je ferai un (petit) dessin en version  « Hache Dé » cette année pour pouvoir présenter Inkscape plus en détails (ce logiciel mérite vraiment qu’on s’y attarde – d’ailleurs je réfléchis à faire des tutos sur ce bloc-notes). Le reste du temps je serai dans le coin pour dédicacer, discuter ou trainer entre les stands des assoc’ !

Qui a dit « et boire des binouzes » ?

Voilà. Alors je sais, les 3 festivals sont très proches géographiquement… Mais je réponds à ce que je reçois (à part les RMLL où c’est moi qui fais la démarche, mais c’est particulier), et je ne reçois pas encore énormément de propositions. Si vous connaissez une assoc’, un festival ou n’importe quel événement susceptible de m’accueillir dans votre région, vous pouvez toujours leur parler de moi. Personnellement je suis ouvert à ce qui se présente et toujours très heureux de visiter d’autres régions !

Notez qu’il y aura probablement quelque chose dans l’ouest de la France en automne, mais j’en reparlerai quand ce sera officiel 😉

Crédit photo : Simon Giraudot en train de dessiner (CC-By Quentin Theuret)

Mon ordinateur est un con

Stupid DRM (CC-By-Sa deanwissing)Pour ce premier vrai article, j’ai décidé de vous parler de l’informatique en général, et surtout des fausses idées qui sont très à la mode en ce moment. À la base, cet article devait être un court aparté dans un autre article (très long) que je suis en train de rédiger. Au final l’aparté a grossi et a fini par devenir un article à part entière.

De quoi parlons-nous donc ? De votre ordinateur. Au sens large, c’est-à-dire que votre téléphone, votre lecteur multimédia ou votre GPS sont inclus dans ce que j’appellerai « ordinateurs ».

Un mot revient très souvent lorsque l’on parle des nouvelles technologies informatiques, c’est le mot « intelligent ». On nous vend des systèmes intelligents, Google vous propose un moteur de recherche intelligent (qui va deviner ce que vous voulez dire alors que vous ne l’avez même pas dit !) et votre téléphone est devenu un smartphone. Même vos jeux sont pleins d’intelligences artificielles. On n’arrête pas le progrès, tout le monde peut se payer un Albert Einstein personnel !

C’est pourtant un contresens absolu. Gardez toujours à l’esprit une chose : un ordinateur, c’est con, c’est même prodigieusement con. Il y a autant d’intelligence dans votre matériel informatique que dans un boulier d’il y a 4000 ans. Comparer le cerveau d’une personne qu’on trouve brillante à un ordinateur, ça relève de l’insulte pure et dure.

Bah alors, il est quoi, s’il est pas intelligent, mon téléphone ? Et quand il détecte les visages sur les photos, il est pas intelligent ? Hein hein hein ? Dis dis dis ?

Hé bien non. Il a juste été entrainé pour ça. Et je ne te parle pas de la galère pour l’entraîner ! Imagine, un enfant en bas-âge, tu lui montres quelques visages, et paf, il comprend que c’est la même chose quand il en voit un autre. Hé bien l’ordinateur, non ! Pour lui faire détecter un visage, il faut lui faire calculer un nombre inimaginable de trucs, extraire des caractéristiques sur les pixels de l’image, construire des soupes de vecteurs qui n’ont aucun sens pour toi et moi. Et en plus, après, il faut lui montrer des milliers voire des millions de visages, pour qu’il apprenne bien ce qu’il doit détecter ! Et ce n’est pas tout, il faut aussi essayer d’être exhaustif (imagine, tu oublies de mettre des barbus, et hop, il est incapable de détecter un visage avec de la barbe !). Non franchement, il exagère. Au prochain dîner de cons, tu peux inviter ton smartphone.

Ouais mais tu vois, t’as dit qu’il pouvait apprendre ! L’apprentissage, c’est le signe d’une intelligence, non ?

Ça aussi, c’est à la mode. L’ordinateur intelligent n’est pas figé, comme il est intelligent, il s’adapte, il apprend. Alors certes, ce qu’on appelle l’apprentissage automatique (machine learning en anglais), c’est quelque chose de très pratique et qui permet de régler efficacement de nombreux problèmes (parce que je vais quand même être sympa avec ton téléphone : la reconnaissance de visage, au final, il fait ça très bien). Mais on n’a rien révolutionné. Les programmes d’avant (qui n’apprenaient pas donc), on leur donnait une variable X, ils la multipliaient par une constante (bon ils pouvaient faire d’autre trucs, mais on peut schématiser comme ça). Les programmes qui apprennent, ils font quoi ? On leur donne une variable X, ils la multiplient par… une autre variable Y. Variable Y qui va donc s’adapter à ce qu’on va donner à l’ordinateur, qui va être le résultat d’un entraînement. Et comment on fait cet entraînement ? Hé bien en multipliant une variable Z par une constante !

Vous comprenez où je veux en venir ? L’apprentissage, ça veut juste dire qu’on rajoute une étape dans ce que fait l’ordinateur. Au lieu de lui donner des instructions figées, on lui donne des instructions qui dépendent de variables qu’on va régler (ça c’est l’apprentissage) par d’autres instructions figées. Là où ça devient très intéressant, c’est qu’on va aussi savoir faire de l’apprentissage in situ, c’est-à-dire que l’ordinateur va continuer à adapter son comportement lorsque l’utilisateur va s’en servir. C’est très probablement ce que fait Google : lorsque vous cliquez sur un lien, il va retenir « okay, ça c’est un résultat pertinent pour cet utilisateur, à l’avenir je mettrai les résultats similaires en premier ». Toute question de vie privée ou de pertinence de ce comportement mis à part, c’est quand même sacrément malin, non ?

Oui, c’est très malin. Mais celui qui est malin, c’est celui qui a inventé ce système. Les serveurs de Google, ils font ce que quelqu’un leur a dit de faire. Mais au final, ils ne font rien de plus qu’additionner et multiplier des variables et des constantes. Comme un boulier d’il y a 4000 ans.

Ouais bon d’accord, mais quand même, tu trolles à mort ! Un ordinateur, c’est quand même vachement plus évolué qu’un boulier, non ?

Bien sûr ! Évolué, mais pas intelligent. La grande différence entre un boulier et un ordinateur, c’est la vitesse. Parce qu’un ordinateur est prodigieusement con, oui, mais il est aussi prodigieusement rapide ! Si je vous donne un tableau de 1000 nombres à trier dans l’ordre croissant, vous allez mettre combien de temps ? Probablement des heures. Un ordinateur, 1000 nombres à trier ? Mouarf ! Le temps d’appuyer sur Entrée pour lancer le programme, et c’est déjà terminé (si on lui a bien expliqué comment faire). Un ordinateur, c’est une bête de course absolue (même ceux d’il y a 30 ans vous éclatent littéralement, question vitesse).

Tout l’enjeu de l’informatique, c’est d’arriver à retranscrire l’intelligence humaine dans un langage que l’ordinateur peut comprendre pour profiter à la fois de votre intelligence (si si, ne soyez pas modeste) et de la rapidité extraordinaire de votre ordinateur. Et c’est loin d’être simple, parce que l’ordinateur a besoin qu’on lui explique tout bien, très précisément, dans les détails, en n’omettant rien et en ne laissant rien au hasard (j’vous ai déjà dit qu’il était con ?). Toutes les merveilleuses choses que vos téléphones peuvent faire, ils les font parce que quelqu’un, quelque part, a eu l’idée de leur faire faire et leur a expliqué correctement comment ils pouvaient le faire en faisant 15 milliards d’opérations de type Y=aX+b.

Le contraire est vrai aussi d’ailleurs : distinguer l’erreur humaine de l’erreur informatique, ça n’a pas de sens. Un bug, c’est juste un programmeur qui s’est mal exprimé et qui n’a pas dit exactement ce qu’il pensait dire à l’ordinateur (ou, souvent, qui n’a pas envisagé tout ce qui pouvait arriver si l’ordinateur faisait exactement ce qu’il disait). Mais l’ordinateur fait toujours ce qu’on lui demande (problème matériel mis à part). D’ailleurs, il ne fait même que ça.

Parce que votre ordinateur, au final, ce n’est qu’un con qui court très vite. Votre ordinateur, ce n’est pas Albert Einstein. C’est Forrest Gump.

Crédit photo : Stupid DRM (CC-By-Sa deanwissing)